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Zazou ou être
petit swing sous l'occupation
par Mimi de Paris
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Y a des Zazous, éditon Réunies, Paris 1943
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On entend beaucoup parler des zazous dans le milieu swing. C'est d'ailleurs un mots utilisé dans la plupart des chansons de variétés françaises des années 40. Mais que cela veut-il dire au juste ?Quel est sa relation avec le swing ? Tout d'abord un peu d'histoire. La définition du Zazou ne saurait être élaborée sans au préalable parler du jazz, de la guerre, des nazis et de la France. Car c'est là qu'ils sont nés. Sans jazz, il n'y a pas de swing et sans swing, pas de zazous. Nous sommes en 1940. La France est divisée en deux. Les Nazis occupent Paris et les collabos, à la morale ultra conservatrice, régissent à coup d'interdictions une jeunesse morose et ennuyée. Depuis les années 30, on était témoin en France d'un intérêt tiède des français pour le jazz. Pendant la guerre, c'est une véritable explosion de concerts qui éclate aux quatre coins du pays et dans les caves de Paris. Ces concerts réunissent des salles pleines àcraquer de jeunes tapant du pied aux rythmes effrénés des musiciens de jazz français. Les Petits Swing sont nés. Le swing en France devra beaucoup à Charles Delaunay alors Secrétaire Général du Hot Club de France. C'est lui qui sera à l'origine du premier festival de Jazz. Sous l'occupation Nazi, Delaunay sait que même si le jazz est toléré, ce n'est qu'une question de sursis. Il décide de faire jouer par les musiciens de jazz français des hits américains sous couverture de titres français. Ainsi camouflés ils n'ont pas de mal à passer la censure allemande. Ainsi St-Louis Blues devient La Tristesse de St-Louis, Tiger rag est rebaptisé La Rage du Tigre et Some Of These Days; Bébé d'Amour... Tel que prévu, l'entrée en guerre des Etats-Unis contre le 3eme Reich met fin à toute tolérance de musique américaine sur l'Hexagone. Grâce à ce subterfuge, le jazz et le swing français qui connaît alors son heure de gloire peut continuer en toute tranquillité. Le mot Zazou arrive tout droit des Etats-Unis. Certains l'attribue à Cab Calloway, d'autres répliquent qu'ils s'agit là des célèbres onomatopées lancées par les chanteurs noirs pendant leur "skat" et plus précisément d'un certain Freddy Taylor. C'est lui qui aurait importé la mode vestimentaire des Dandy noirs dès l'avant guerre... Zazouzazouzazouuhé! l'hymne swing est vite repris par les médias de l'époque. Ainsi, les Petits Swings deviennent les Zazous. Le Roi du swing c'est Johnny Hess. Auteur du tube "Je suis swing", il est le premier musicien de Charles Trenet. Avec lui il composera plusieurs titres swing français dont le fameux "Ils sont zazous". Depuis l'apogée du swing, les artistes français se doivent d'être "dans le vent". Le truc branché de l'époque est de faire figurer coûte que coûte le mot swing dans le titre de son film ou de sa chanson. Ainsi on assiste à la naissance de :
Les disques se font de plus en plus rares faute de matériel de production au milieu de l'occupation et un disque de Django Reinhardt s'échange maintenant pour 2 voire 3 livres de beurre! Eh oui, c'est la guerre et les jeunes ont besoin de divertissements. Mais à quoi ressemble donc cette jeunesse férue de jazz et de chanteurs noirs américains? Sous le régime des collaborateurs français sympathiques aux idées "d'ordre" du 3eme Reich, Jeunesse, un magazine militant pour une jeunesse debout prend en aversion ces étudiants crasseux et dégénérés que sont les zazous. Selon eux ils s'agit de jeunes qui troublent l'ordre public et la morale bien pensante : "Voici le spécimen de l'Ultra swing 1941 : Cheveux dans le cou entretenus dans un savant désordre, petite moustache à la Clark Gable, veste de tricot sans revers, pantalon rayés, chaussures à semelles trop épaisses, démarche syncopée...)" Les Zazous, c'est d'abord un mouvement de révolte contre le régime en court. Un mouvement de révolte par l'inertie. Car ces jeunes passent leurs temps dans les cafés à refaire le monde et se moquer de la politique du moment. C'est une provocation gratuite, spontanée mais calculée. Ils se cachent dans les cinémas dans les caves et dans les surprises parties. Mais de toute façon, on retrouve le Zazou partout dans Paris. Deux lieux de prédilection : La terrasse du Pam Pam sur les Champs Elysées et le Boul'Mich (Le Boulevard St-Michel près de la Sorbonne). Les Zazous des Champs Elysées viennent d'une classe bourgeoise et plus âgée. Ils sont facilement reconnaissables à la terrasse de leur Q.G.. Les après-midis, ils les passent à faire du vélo aux Bois de Boulogne. Dans le Quartier Latin, le zazou se cache dans les caves du Dupont-Latin ou du Capoulade. Situés à côté de la Sorbonne, les cafés ne désengorgent pas d'une population estudiantine et lycéenne. Entre les cafés et les cinémas leurs coeurs balancent... C'est peut-être la raison pour laquelle encore aujourd'hui on trouve autant de cinémas autour de l'Université. Une grande majorité d'entres eux montrent des films d'auteurs d'époque ainsi que le célèbre film culte swing Hellzapoppin', et ce depuis des lustres! |
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Dans la rue, le zazou masculin se reconnaît par sa veste ample qui tombe sur les cuisses avec une quantité de poches à revers et souvent plusieurs martingales. Il s'agit d'une provocation évidente alors que le tissus au mètre est rationné et que l'Occupant tente même d'imposer un costume national. Ses pantalons sont étroits et froncés. La cravate est faite de toile ou de grosse laine brute et surtout étroite. Le col de la chemise est relevé et retenu par une épingle transversale. Les cheveux sont gras et long toujours huilés, ils seront d'ailleurs portés encore plus long aprés l'annonce du décret de 1942 visant la récupération des cheveux dans les salons de coiffure pour en faire des pantoufles! Il n'y a pas de fumée sans feu... Le parapluie est de rigueur et reste obstinément fermé qu'il pleuve ou non. Pour ce qui est des zazoues féminines, elles portent souvent des tresses ou ont les cheveux tombant en boucles sur les épaules. La couleur blonde est majoritaire. Souvent fardée avec de surcroît un rouge à lèvres très rouge, les zazoues des Champs Elysées se cachent souvent derrières des lunettes noires. Ces demoiselles portent des vestes aux épaules extrêmement carrées sur une jupe très courte et plissée. Leurs bas sont rayés ou même à résille et leurs chaussures en semelle de bois colorées et épaisses. Les zazous sont de grands fans des motifs à carreaux. Veste, jupe ou parapluie, l'intérêt est que ?a face partie de la tenue. Les zazous apparaissent dans les restos végétariens du Quartier Latin et semblent vouer un culte passionnel aux carottes râpées. Les soirées des zazous se terminent souvent dans des surprises parties improvisées où les gens sont triés (sécurité contre la Gestapette oblige (lire Gestapo)) ou dans les salles de danses clandestines. Eh oui, à l'époque la danse est interdite... mais pas les cours de danse. Alors une tactique est inventée afin d'organiser des soirées secrètes. Ainsi, de fausses écoles de danse incluant de faux professeurs naissent un peu partout dans la capitale. Une fois le cours commencé, les rideaux sont fermés, les portes verrouillées et la fête démarre. |
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Coiffeurs volontaires, journal vichyste, 1940-1944. |
Pour les zazous, jouer l'esprit de contradiction est primordial. Ne pas être dupe et accessoirement s'arranger pour le faire savoir constitue un élément essentiel de la philosophie zazou. Cette prise de position et cette attitude "je m'en foutiste" leurs amènera beaucoup de problèmes dès 1942. Faute de ne plus pouvoir dénoncer de Juifs en cavale, le mouvement Jeunesse Populaire Fran?ais partira à la chasse aux zazous à travers la France. Plusieurs zazous sont tabassés. Ils deviennent l'ennemi nû1 de cette jeunesse collabos conditionnée par le gouvernement vichiste. Il est vrai que la vue de ces jeunes, évachés dans les cafés, cachés dans les cinémas et terriblement ironiques sur la situation actuelle peut suffir à rendre certains légèrement irrités au moment où on tente de redresser une France qui s'épuise à se défendre de l'Occupant Nazi. Faute de pouvoir justifier d'une activité professionnelle pendant la journée, plusieurs d'entres eux sont envoyés à la campagne... aux champs ... pour les moissons. Les moins chanceux d'entres eux seront attrapés par des jeunes de leurs âges opposés à leurs idées et tondus sur place, en plein milieu de la rue. Avec ces événements, le déclin des zazous est annoncé. La plupart d'entre eux se terrent dans les salles de danse et attendent la fin de la guerre. Vers 1944, un nouveau style entre à l'ordre du jour. Il s'agit toujours de jazz mais nous sommes maintenant à St-Germain des Prés, et plus précisément dans ses caves. C'est Boris Vian, fervent amateurs de jazz et bon copain des zazous qui mène la revue.Dans l'un de ses romans Vercoquin et le Plancton, il décrit très bien l'ambiance de fêtes zazous organisées par le Major. La jeunesse branch?e s'appelle maintenant Bobby-Soxers. Les Rats des Caves sont nés... Mais ça c'est une autre histoire! Mimi. |
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La musique nègre et le jazz hot *** Ils sont zazous Les ch'veux tout frisottés *** |
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Suggestions de lecture : Manuel de Saint-Germain-des-Prés par Boris Vian aux Editions Pauvert 1997. (note de Cléo: je crois que ce livre n'est plus disponible au Canada, il faut le trouver par chance dans une bouquinerie) Vercoquin et le Plancton par Boris Vian Et d'ailleurs n'importe quoi par Boris Vian Les Zazous par Jean-Claude Loiseau aux Editions Grasset 1990 La mode sous l'occupation par Jean-Paul le Maguet aux Editions Memorial de Caen 2000
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